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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

Retrouvé en furetant parmi mes vieux papiers. J’écrivais ça, il y a bien longtemps, à un Parisien, à un brave garçon aventureux, mais intelligent qui, lui, se trouvant à l’étroit en Europe, est allé mourir à New-York de la fièvre jaune :

« … Prenez un raccourci de votre faubourg Saint-Germain, un racornissement de chaussée d’Antin, plus un soupçon de Marais, prolongé par un tronçon de queue de Belleville ; ne mélangez pas, distribuez au contraire cela en quartiers distincts, autant de diminutifs de mondes divers, tous en retard d’un siècle, se coudoyant sans se confondre, se regardant comme des chiens de faïence, gaspillant le temps à s’épier, à s’envier, à faire des commérages ; ajoutez beaucoup d’églises, paroisses, chapelles, un archevêque ; des chanoines, curés, vicaires, moines, sœurs de toute espèce de coiffe, capucines, capucins, jésuites, jésuitesses ; des confréries de pénitents blancs, noirs, bleus, gris, etc., etc. ; maintenant, si tout cela tient dans un pli de terrain au milieu d’une contrée accidentée, mais sévère, attristée partout par de petits oliviers poussiéreux, calcinée l’été par le soleil, glacée l’hiver par le mistral ; et si l’herbe pousse entre les pavés comme dans un cimetière ; si les fontaines sont sans eau ; si l’esprit ne court pas les rues ; si les idées sont antédiluviennes ; si…, je pourrais multiplier les