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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

rustique, allumait un cigare. Le jour baissait, et il faisait un grand calme.

— Pas une feuille des arbres ne remue ! m’écriai-je. Nous voilà tout à fait aux beaux temps…

Puis, après un instant :

— Avons-nous passé de belles soirées, ici, l’été dernier !… Madame de Lancy venait quelquefois, souvent !…

Alors Hélène me tendit violemment le sucrier.

— Tenez ! sucrez-vous… mais sucrez-vous donc ?

Et sa voix vibrait, impérative et révoltée, brutale. Attristé d’avoir touché juste, troublé moi-même, je n’en finissais plus de fouiller avec la pince en argent pour amener un second morceau de sucre, un tout petit. Puis, je la regardai à la dérobée. Elle était déjà redevenue calme. Elle vida sa tasse d’un seul trait, la tint en l’air encore un moment, la reposa d’un geste assuré. Sous la transparence d’un corsage blanc, sa poitrine respirait, large et libre. De nouveau, elle nous avait oubliés, Moreau et moi. À quoi pensait-elle ? Elle semblait écouter. De temps à autre, un sifflet de locomotive nous arrivait de la gare.

Et Moreau, qui avait apporté ses journaux, les parcourait. À chaque instant, c’était un petit froissement de papier déplié. Même, ce soir-là, expansif à sa manière, il nous faisait part de sa lecture, en laissant tomber des bouts de phrases : « Hausse, trente centimes… — Excellente atti-