Page:Alexis - Le Collage.djvu/162

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
159
JOURNAL DE MONSIEUR MURE

sième cachant Balzac dans son pupitre et rêvant la carrière littéraire ! Paris !… Toujours cramponnée à la grille comme aux barreaux d’une fenêtre de prison, Hélène cherchait je ne sais quoi, d’un regard fixe :

— Venez-vous ? implorai-je timidement.

— Non ! laissez-moi… je vois quelque chose.

J’eus beau écarquiller les yeux, je ne vis d’abord rien. Puis, cependant, sur la route, un imperceptible nuage de poussière. Le nuage grossissait et se rapprochait, très vite, avec le bruit d’un galop de cheval. Bientôt le cavalier fut devant nous. Je reconnus M. de Vandeuilles.

À dix pas de nous, le jeune comte avait arrêté sa monture. Il roulait lentement une cigarette, paraissant concentrer toute son attention à la bien faire, et ne pas nous voir. Alors, Hélène se recula précipitamment de la grille.

— Venez… Rentrons.

Et quand nous passâmes sur la terrasse, où Moreau, dans son fauteuil, le journal à ses pieds, ronflait maintenant comme un tuyau d’orgue, elle me toucha nerveusement l’épaule :

— Chut ! ne le réveillez pas.


VI


Quelques jours après.

Quel coup !… Hélène est la fable de la ville.