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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

fossoyeurs tombant sourdement sur la caisse, je me disais : « Où est sa fille !… Pourquoi n’est-elle pas venue ?… Que fait-elle à cette heure !… »

Le lendemain soir, au cabinet de lecture, l’Officiel à la main, au lieu de lire la séance orageuse de l’Assemblée nationale, je me livrais à des suppositions baroques. « M. de Vandeuilles est-il homme à avoir supprimé mes dépêches ? » Tout à coup, ce fut un trait de lumière ! « L’an dernier, à pareille époque, le commandant ne m’a-t-il pas parlé du Tréport, où Hélène faisait prendre des bains de mer à sa « fille » ! Oui, elle devait être bien tranquillement à l’Hôtel de la plage, avec M. de Vandeuilles, croyant son père plein de vie et de santé ! Je savais qu’elle était femme à ne pas verser une larme, à ne pas prononcer un mot, à sauter dans le premier train venu, et, après un mortel voyage de dix-neuf heures, à arriver l’œil sec, mais entouré d’un effrayant cercle bleu, et à dire : « Me voilà ! — Mais maintenant, c’est inutile. — Je le sais, je voulais tout de même venir ! » — Aussi, devinant tout et voulant tout conjurer, j’avais télégraphié à M. de Vandeuilles, — que je ne connais nullement, — de supprimer mes premières dépêches à Hélène, de ne lui annoncer qu’avec précaution la fatale nouvelle, enfin, de ne lui remettre qu’après l’y avoir suffisamment préparée, une interminable lettre de moi, où je racontais tout à