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LE COLLAGE

Dès le premier jour, en se réveillant chez moi, « chez nous », Célina semble effarée comme une bête nouvellement en cage.

— Onze heures ! ma Célina, il faudrait déjeuner !… Entends-tu ? « le Chaudron », ma femme de ménage, est depuis longtemps arrivée…

Célina ne me répond que par un grognement et se retourne contre le mur. Chez la veuve, à la fin, Célina, en pensionnaire qui s’enfonce, de déjeunait plus. Timidement, elle ne se levait plus que pour le dîner, à des six heures du soir. La choucroute qu’elle tâchait de se faire offrir vers minuit à la brasserie, remplaçait le repas du matin.

— Voyons, il est midi, Célina !

Le Chaudron, pendant ce temps, s’impatiente. En donnant des coups de balai dans la cloison, elle crie :

— Monsieur, votre charbon brûle. Moi je n’ai plus rien à faire !… Si vous ne vous levez pas, je file.

Enfin j’ai réussi à amener Célina dans la salle à manger, devant le Chaudron. Ma petite femme, frileuse et à moitié nue, affublée d’un vieux pardessus d’été à moi, en guise de robe de chambre, se met presque dans la cheminée. Elle touche à peine à son beefsteak aux pommes. Le Chaudron l’impressionne : un vrai barbon, celle-ci, quinquagénaire, moustachue, sale de peau et de vêtements, la lèvre inférieure pendante. Moi,