Page:Alexis - Le Collage.djvu/244

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
241
JOURNAL DE MONSIEUR MURE

tes maintenant dépouillées de feuilles. En douze ans, que de choses ! Ce soir, une fête, et en même temps, l’hiver ! Des grappes de lanternes vénitiennes déjà allumées, suspendues entre chaque platane ; des cordons de lampions à verres de couleurs, dessinant les marches du perron. Les banquettes et les piliers de la terrasse. Mais une bise âpre, glacée, soufflant par moments, couchait les petites flammes toutes à la fois, en éteignait çà et là, et secouait lamentablement les grandes grappes lumineuses. Tout à coup, le papier d’une lanterne vénitienne prenait feu, flambait une seconde, coulait en grosses larmes enflammées ; puis, au milieu de la grappe aux couleurs joyeuses, tout de suite, un trou noir.

J’étais au premier étage… L’antichambre, vaste, qui est en même temps la salle de billard, je ne la reconnaissais plus. On avait enlevé le billard : c’est ici qu’on danserait. Une toile rouge tendue sur le tapis de moquette ! Des fleurs partout, des tableaux et des panoplies, des lustres ! Une estrade pour l’orchestre ! Puis, trois salons de réception en enfilade. Au fond, le petit salon bleu. Tout était prêt. Les grandes lampes, déjà allumées. D’énormes bûches rondes, épaisses comme des troncs d’arbres, brûlaient dans les cheminées. Tandis que je présentais à la flamme la pointe de mes bottines vernies, une porte s’ouvrit et se referma au fond du salon bleu. Je vis arriver la femme de chambre d’Hélène.