Page:Alexis - Le Collage.djvu/248

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
245
JOURNAL DE MONSIEUR MURE

tude du passé, contractée sur les bancs du collège ? Ou façon délicate de me faire sentir qu’il ne m’en voulait plus, que j’avais suffisamment réparé mes torts en m’employant à le rapprocher avec sa femme ?… Enfin, il m’avait fait appeler pour me parler ; j’allais bien voir !… Et, en ce moment, j’éprouvais pour lui une sorte de sympathie subite, toute nouvelle. Pour un rien, sur un simple geste, je l’eusse aidé volontiers à dégager son cou de ce plastron rigide et tendu comme du carton, qu’il se donnait un grand mal pour ne pas casser.

— Là ! fit-il quand, sa chemise enfin passée, il n’eut plus qu’à mettre ses boutons de manchettes ; c’était pour t’adresser un reproche…

— Un reproche ?

— Oui ! ne t’étais-tu pas chargé de composer ma liste d’invitation à ma soirée, toi ?… Eh bien, prends cette feuille de papier, là, dans mon cabinet, sur le bureau… Lis !

La feuille de papier contenait une liste supplémentaire, une vingtaine de noms de personnes notables, que, d’après Moreau, j’avais eu la légèreté impardonnable d’oublier : le sous-greffier de la cour, les deux bibliothécaires de la ville, les officiers supérieurs du régiment en garnison, etc. Il fallait toujours que ce fût lui, Moreau, qui s’occupât de tout, lui-même ! Pour suffire ainsi aux détails les plus divers, mon Dieu ! il fallait avoir une de ces têtes… ! Et, ne parvenant pas à faire le nœud de sa cravate blanche, Moreau sonna. Le