Page:Alexis - Le Collage.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
76
LE COLLAGE

Daumesnil, ce fut comme une sensation très douce, quelque chose leur fit du bien au cœur. Très haute, sur un piédestal, entourée de mâts et de drapeaux, au milieu d’une sorte de chapelle ardente, une statue de la République, majestueuse, en bonnet phrygien ! C’était bien elle, la noble vierge, qu’ils avaient longtemps aimée, pour laquelle ils avaient sacrifié leurs belles années ! Ils la retrouvaient, grave et sereine, entourée de ce même culte passionné qu’ils lui avaient gardé toujours, au plus profond d’eux, jusqu’au delà des mers. Et, ce qui commençait à les pénétrer aussi, c’étaient les effluves d’une joie large répandue dans l’atmosphère ; voix humaines criant des vivats, orchestres en plein vent, explosions de pièces d’artifice. Le lointain brouhaha d’une capitale, la sensation chaude de deux millions d’êtres remués par une surexcitation commune. La pluie cessait ; de larges éclairs embrasaient le ciel, élargissant l’illumination générale.

Tout à coup un cri d’enthousiasme leur échappa et ils s’arrêtèrent béants. Sur la colonne de Juillet, éclairée par quatre réflecteurs électriques, tout en lumière sur le fut sombre, comme planant, apparut le Génie de la Liberté. Ils battirent des mains.

— Bravo ! Vive la Liberté !

Ils ne pouvaient se lasser de la contempler. Elle, aérienne et lumineuse, semblait la déesse de