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LE RETOUR DE JACQUES CLOUARD

tu n’as jamais exécuté qu’une sortie, sans fusil, jusqu’à Levallois-Perret ! » l’eût considérablement surpris et dérangé. Mais, bientôt, tout sentiment étroit et personnel, tout égoïsme disparut.

— Chapeau bas ! chapeau bas ! criaient quelques citoyens.

On se découvrit. Il y eut quelques instants de pur enthousiasme, pendant que la foule entonnait un hymne. La pluie cessa ; de longs roulements le tonnerre faisaient un accompagnement céleste. Et la grande place, pavoisée et brûlant de mille feux de toutes couleurs, semblait le chœur embrasé de quelque prodigieuse cathédrale, où la dévotion des fidèles aurait adoré une nouvelle statue de la sainte Vierge République. Tandis que les grands jours de la Révolution, représentés en bas-reliefs autour du massif principal, ressemblaient à quelque chemin de croix.

— Rudement chouette, tout de même ! s’écria l’un des trois camarades.

— Rien que ça vaut l’argent ! ajouta un autre.

Et ils rirent aux larmes, longuement, en s’essuyant les yeux.

Revenant au sentiment de la réalité, ils se souvinrent qu’on devait se dire adieu. L’un se rendait à Montrouge, l’autre à Belleville, tandis que Clouard remontait du coté de Montmartre, où il espérât retrouver les traces de sa femme.

— Quittons-nous ! ici, devant la République !