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LE RETOUR DE JACQUES CLOUARD

Un peu rassuré, il remercia cette femme, et, frémissant encore, redescendit au boulevard extérieur. Là, il trouva un omnibus, qu’il quitta devant le Théâtre-Français. Et il commença une enquête fiévreuse, accostant des messieurs qui n’étaient pas du quartier, voulant faire ouvrir les boutiques, sonnant à des portes.

La rue des Moulins n’existait même plus. À la place, il trouva une magnifique voie nouvelle : l’avenue de l’Opéra.


V


Il était exténué. Ses vingt-quatre heures de chemin de fer, cette nuit blanche passée à errer dans Paris en délire, les émotions de sa matinée, ces espérances, ces déboires, tout commençait à se troubler, à s’obscurcir dans son cerveau trop plein. Il avait la fièvre. Le creux des mains lui brûlait. Encore pavoisé de drapeaux et d’oriflammes, Paris ne lui semblait plus beau. De larges taches jaunes, puis noires, lui dansaient devant les yeux. Place de la Bourse, il n’eut aucune admiration pour le grand vélum en velours rouge tendu devant l’horloge. Là-dessous, un orchestre avait joué toute la nuit. Le fouillis de ces chaises bouleversées, lui semblait absurde. Il fit le tour de la Bourse, passa devant une baraque adossée au monument. Trois marches en planche