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JEAN CHRYSOSTOME (SAINT), SON ENSEIGNEMENT THÉOLOGIQUE

fait que les oblata deviennent corps et sang du Christ, mais bien le Christ lui-même crucifié pour nous. Le prêtre est là qui le représente et prononce les solennelles paroles ; mais c’est la puissance et la grâce de Dieu (qui opère). Ceci est mon corps, dit-il. Cette parole transforme les oblata… Cette parole n’a été dite qu’une fois ; et sur chaque table dans les églises, depuis ce jour jusqu’aujourd’hui, jusqu’au retour du Sauveur, elle opère le sacrifice parfait. » Hom. i, de prodit. Jud., 6, t. xlix, col. 380. « Les oblata ne sont pas œuvre de la puissance humaine ; celui qui les a faits alors, dans ce repas, c’est encore lui qui les fait maintenant. Nous tenons la place de serviteurs ; celui qui les sanctifie et les transforme, c’est lui. » Hom. lxxxh, in Matth., 5, t. lviii, col. 744.

On ne relèvera pas ici le témoignage de la lettre à Césaire, P. G., t. iii, col. 555-560, sinon pour rappeler que cette lettre est inauthentique ; cf. Lequien, Dissert. Damas., m, P. G., t. xciv, col. 315-322.

L’eucharistie, enfin, est considérée par Jean comme un sacrifice, sacrifice non sanglant, Hom. in illud : Vidi Dominum, 6, t. lvi, col. 138, figuré par les sacrifices de l’ancienne loi, en particulier par celui de Meiehisédcch. Hom. in S. Eustalh., 2, t. l, col. 601, et dont la victime est le Christ : αἰδέσθητε τοίνυν, αἰδέσθητε τὴν τράπεζαν ταύτην, ἧς ϰοινωνοῦμεν ἅπαντες, τὸν δι’ ἡμᾶς σφαγέντα Χριστόν, τὸ θῦμα τὸ ἐπ’ αὐτῆς ϰείμενον. Hom. viii, in Ep. ad Rom., 8, t. lx, col. 465 ; cf. De sacerdot., 3, 4, t. xlviii, col. 42 ; Hom. xiv, in Ep. ad Hebr., 1, t. lxiii, col. 111. Notre sacrifice est le même que celui du Sauveur : la messe est la commémoraison de la mort du Christ : « Quoi donc, n’offrons-nous pas chaque jour ? Si, nous offrons ; mais en faisant mémoire de sa mort ; et il y a une seule (victime) et non pas plusieurs. Comment cela, une seule et non plusieurs ? Car elle a été offerte une fois, comme celle (qui est offerte) dans le Saint des saints. L’une est le symbole de l’autre. Car nous offrons toujours le même (Christ) ; non pas aujourd’hui un agneau et demain un autre ; mais toujours le même, de sorte qu’il y a un seul sacrifice... Xotre grand prêtre c’est celui qui offre le sacrifice qui nous purifie. Nous offrons encore aujourd’hui le sacrifice qui a été offert alors... Nous n’offrons pas un autre sacrifice, comme jadis le grand prêtre, mais toujours le même, ou plutôt nous faisons la mémoire du sacrifice : οὐϰ ἄλλην θυσίαν, ϰαθάπερ ὁ ἀρχιερεύς τότε, ἀλλὰ τὴν αὐτὴν ἀεὶ προσφέρομεν, μᾶλλον δὲ ἀνάμνησιν ἐργαζόμεθα θυσίας. » Hom. xvii, in Ep. ad Hebr., 3, t. lxiii, col. 131. Cf. Adv. Jud., 3, 4, t. xlviii, col. 867 : Hom. xxi, in Acl. Ap., t. lx. col. 170.

Il serait très facile d’allonger considérablement la liste de ces témoignages. Peu d’auteurs autant que Jean ont insisté sur l’eucharistie et sa nlace dans la vie chrétienne. Il lui arrive parfois d’employer un langage peu correct ; il s’exprime en orateur soucieux avant tout de se faire comprendre et d’exciter l’amour de ses fidèles pour le Christ présent dans son sacrement : de là certaines expressions qui ne doivent pas être prises trop à la lettre. Mais dans l’ensemble son enseignement a pour nous une importance capitale à cause de la place qu’il reconnaît à l’eucharistie dans la vie de l’Église et des fidèles.

2. La doctrine de Jean relativement à la Pénitence présente de plus grandes difficultés. Non pas qu’il nie le pouvoir des clés, et qu’il ne reconnaisse pas à l’Église le droit divin de remettre les péchés. Il connaît, tout aussi bien que les grands Cappadociens par exemple. la longue série des épreuves qui constituent la pénitence ecclésiastique, et il sait que ces épreuves tirent leur efficacité et leur vertu de la contrition qui les accompagne : « Ne parlez pas ici de cruauté et d’inhumanité ; c’est au contraire effet de bonté, excellence du traitement médical, preuve de sollicitude. Mais il ont expié assez longtemps, dites-vous. — Voyons, combien ? — Un an. deux, trois. — Ah ! il s’agit bien de temps et de durée : c’est le redressement de l’âme que je cherche. Montrez-le moi, montrez-moi qu’ils sont contrits, qu’ils sont changés, et tout est dit. Mais s’il n’a y pas cela, le temps ne sert à rien. Nous ne demandons pas en effet si la blessure a été souvent pansée, mais si le pansement a fait du bien. S’il a produit son effet, même en très peu de temps, qu’on ne l’applique plus. Mais s’il n’a rien produit, même après dix ans, il faut encore le remettre ; le moment de débander, c’est l’état du blessé qui l’indique. » Hom, xiv, in Ep. II ad Cor., 3, t. lxi, col. 502 ; cf. Ad Theod. laps., i, 6, 7, t. xlvii, 284 sq.

La question est surtout de savoir quelle attitude Jean adopte vis-à-vis de la confession. Il faut bien reconnaître que la plupart des textes que l’on a coutume de citer à cette occasion sont tout au moins imprécis, et peuvent s’interpréter plus facilement d’une confession à Dieu que de la confession sacramentelle faite à un prêtre. Dès la période de la prédication antiochienne, Jean insiste sur la difficulté du ministère sacerdotal, à cause de l’ignorance dans laquelle se trouve le prêtre ou l’évêque des misères spirituelles des fidèles :« Les infirmités et les blessures des âmes ne se voient pas ; elles ne viennent pas d’elles-mêmes à la connaissance de l’évêque. Souvent le mal lui reste caché, car nul d’entre les hommes ne sait ce qui se passe dans l’homme si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui. Surtout, il n’a pas, pour appliquer ses remèdes, les facilités et la liberté dont dispose un simple berger. Celui-ci ne rencontre jamais de résistance : qu’il faille lier, brûler, couper, retenir à l’étable, écarter du pâturage ou de l’abreuvoir, dès qu’il le croit nécessaire rien ne l’empêchera de le faire. Mais pour l’évêque, une fois acquise la connaissance du mal, l’embarras, au lieu de diminuer, augmente : ses agneaux sont d’un traitement si difficile ! Avec eux aussi, il peut y avoir à lier, à priver de nourriture, à brûler, à couper, mais l’acceptation et l’efficacité de la médecine dépend ici des malades et non du médecin. > Cf. De sacerdot., ii, 2-4, t. xlviii, col. 635 ; cité par P. Galtier, Saint Jean Chrysostome et la confession, dans Recherches de Science religieuse, 1910, t. i, p. 229. Cf. Hom. u, de pœnit., 1, t. xlix, col. 285 ; Hom. m, de psenil., 1. t. xi.u, col. 297 : Hom. iv, in Lazar., A, t. xlviii, col. 1012.

Peut-être cependant le passage du De sacerdot. qu’on vient de citer suppose-t-il, plus qu’il ne l’exclut, la confession ; cf. P. Galtier, art. cit., p. 323 sq., et quelques textes de la même période antiochienne seraient-ils de nature à fournir au moins des indices de l’existence d’une confession auriculaire, ainsi dans Yhom. xxiv, in Joan., 3, P. G., t. lix, col. 196 sq., les multiples exhortations qui sont faites de ne pas rougir des hommes, de ne pas dissimuler à l’homme l’action ou la pensée coupable que l’on s’est permise et qui n’échappe pas au regard de Dieu, d’appliquer sans crainte, même aux fautes secrètes, les remèdes de la pénitence et de guérir ainsi ses blessures. Malgré tout, la pensée de Jean est loin d’être claire ; et si l’on ne connaissait pas par ses contemporains la discipline pénitentielle en usage à la fin du IVe siècle, on aurait peine à croire, d’après le témoignage précis de Jean, à l’existence d’une discipline aussi strictement réglée.

En arrivant à Constantinople, Jean se trouva en face de circonstances spéciales. À la suite d’un scandale dont les circonstances sont mal connues, son prédécesseur Nectaire avait été amené a supprimer la fonction de prêtre pénitencier. Socrate, Hist. Eccl., v, 19, P. G., t. lxvii, col. 613. Jean cependant était disposé à