Page:Alfred de Vigny - Cinq-Mars, Lévy, 1863.djvu/154

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venait boitant un peu à cause de sa chute ; nous n’aurons pas le temps de continuer avec l’épée.

— Quant à continuer, je n’en suis pas, messieurs, dit Fontrailles ; M. de Cinq-Mars en a agi trop noblement avec moi : mon pistolet avait fait long feu, et, ma foi, le sien s’est appuyé sur ma joue, j’en sens encore le froid ; il a eu la bonté de l’ôter et de tirer en l’air ; je ne l’oublierai jamais, et je suis à lui à la vie et à la mort.

— Il ne s’agit pas de cela, messieurs, interrompit Cinq-Mars ; voici une balle qui m’a sifflé à l’oreille ; l’attaque est commencée de toutes parts, et nous sommes enveloppés par les amis et les ennemis.

En effet, la canonnade était générale ; la citadelle, la ville et l’armée étaient couvertes de fumée ; le bastion seul qui leur faisait face n’était pas attaqué ; et ses gardes semblaient moins se préparer à le défendre qu’à examiner le sort des autres fortifications.

— Je crois que l’ennemi a fait une sortie, dit Montrésor, car la fumée a cessé dans la plaine, et je vois des masses de cavaliers qui chargent pendant que le canon de la place les protège.

— Messieurs, dit Cinq-Mars, qui n’avait cessé d’observer les murailles, nous pourrions prendre un parti : ce serait d’entrer dans ce bastion mal gardé.

— C’est très-bien dit, monsieur, dit Fontrailles ; mais nous ne sommes que cinq contre trente au moins, et nous voilà bien découverts et faciles à compter.

— Ma foi, l’idée n’est pas mauvaise, dit Gondi : il vaut mieux être fusillé là-haut que pendu là-bas, si l’on vient à nous trouver ; car ils doivent déjà s’être aperçus que M. de Launay manque à sa compagnie, et toute la cour sait notre affaire.

— Parbleu ! messieurs, dit Montrésor, voilà du secours qui nous vient.