Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/121

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CYBÈLE

courage, nous sommes là pour vous aider et vous consoler. » Il n’en fallait pas tant pour affoler le pauvre garçon. Il répondit à ce regard par un autre où se trouvait une expression telle que la jeune fille recula d’un pas, et que l’élan de tout à l’heure fit place à l’instant même à une réserve glaciale. Elle redevint aussitôt une Jeanne plus qu’indifférente, une Jeanne fière et réservée, l’étrangère qu’elle était réellement pour lui. Aussi, comment se faisait-il que Marius se fut oublié au point de confondre jusque dans les mouvements de son cœur, l’image avec la réalité de laisser voir à cette jeune inconnue le sentiment qui le remplissait pour celle à qui il avait voué toute sa vie, toute son âme, cet amour absolu qu’on éprouve une fois et qui ne saurait se recommencer ?

En ce moment Alcor entra et fit heureusement diversion. L’entrevue se prolongea encore quelques moments pendant lesquels Marius s’efforça de détourner ses yeux de l’objet cause de son trouble, puis les hommes sortirent pour se rendre dans le cabinet d’études où Namo et le professeur avaient coutume de travailler ensemble à certaines heures de la journée. La présence de leur ami n’empêcha pas leur travail habituel, et la sombre préoccupation du pauvre amoureux parut même leur échapper. Ce dernier cachait du reste de son mieux l’émotion