Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/188

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CYBÈLE

Eh bien, les choses n’en allaient pas plus mal pour cela. Un peu de rareté rendait infiniment plus précieux des Liens qui auparavant se gaspillaient, épurait même le sentiment de l’amour en faisant plus aimables encore et plus désirés les enfants qu’en aucun temps l’on n’entoura d’autant de soins et d’affection et sur lesquels la mort avait cessé de prélever l’horrible tribut qui en enlevait autrefois le plus grand nombre. Ceux même qui avaient renoncé aux douceurs de la paternité, ne s’en sentaient pas moins des cœurs de pères envers la tendre jeunesse, espoir de la patrie.

C’est à cette dernière catégorie de citoyens qu’appartenait l’excellent Alcor, qui, en gardant le célibat, n’encourait pas pour cela le reproche qu’il eût mérité en d’autres temps, alors que les races perfectionnées avaient la mission et le devoir de se répandre sur la planète. Tout principe a ses limites, même celui de l’extension de l’espèce humaine quoique en puissent penser certains statisticiens pour lesquels un pays n’est jamais assez peuplé et qui, oubliant que l’homme ne peut se passer d’air, d’espace et même quelquefois de solitude, aspirent pour l’humanité à quelque chose de comparable aux rangs pressés des épis qui couvrent nos champs. Or ces limites étaient dès longtemps atteintes à l’époque d’Alcor. La planète avait autant d’habitants qu’elle en pouvait raisonnablement porter.