Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/195

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CYBÈLE

paupérisme était depuis longtemps une question résolue. Il n’y avait plus à proprement parler de pauvres dénués de toute ressource et exposés à mourir de faim. Sans faire précisément de communisme d’État, du gouvernement ou de la commune relevaient les services de première nécessité vitale : le pain et le feu aussi indispensables que l’air qu’on respire étaient à tous, et de tous côtés s’ouvraient des refuges publics pour les gens sans domicile régulier. Partout, existence assurée en ses éléments les plus stricts, sans que la lutte fortifiante des autres besoins de la vie fît pour cela place à la paresse et au parasitisme. Bien au contraire, cette sécurité donnée aux nécessités inéluctables de la condition humaine sauvait des chutes irrémédiables où succombaient autrefois tant de lutteurs méritants, faisait comme une plate-forme de salut où les vaincus de la vie pouvaient se relever et reprendre courage pour s’élancer ensuite de nouveau dans la carrière. Puis, combien d’âmes d’élite, de purs esprits détachés pour ainsi dire de la matière, inhabiles dans les questions d’intérêt, et que les rigueurs de jadis avilissaient sans remède ou condamnaient à périr misérablement, brillaient ici d’un doux éclat : savants, artistes, poètes, traversant la vie dans leur rêve qui s’achevait sans être interrompu par les angoisses de la faim !