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Page:Allais - Album primo-avrilesque, 1897.djvu/8

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L’impression que je ressentis à la vue de ce passionnant chef-d’œuvre ne saurait relever d’aucune description.

Ma destinée m’apparut brusquement en lettres de flammes.

— Et moi aussi je serai peintre ! m’écriai-je en français (j’ignorais alors la langue italienne, en laquelle d’ailleurs je n’ai, depuis, fait aucun progrès).[1]

Et quand je disais peintre, je m’entendais : je ne voulais pas parler des peintres à la facon dont on les entend le plus généralement, de ridicules artisans qui ont besoin de mille couleurs différentes pour exprimer leurs pénibles conceptions.

Non !

Le peintre en qui je m’idéalisais, c’était celui génial à qui suffit pour une toile une couleur : l’artiste, oserais-je dire, monochroïdal.

  1. Allusion, sans doute, à la fameuse parole : Anch’ io son pittore.