Page:Aloysius Bertrand - Gaspard de la nuit, édition 1920.djvu/14

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courir le monde sur la trace du Juif-errant.

Nous étions maintenant deux sur le banc. Mon voisin feuilletait un livre, des pages duquel s’échappa à son insu une fleur desséchée. Je la recueillis pour la lui rendre. L’inconnu me saluant la porta à ses lèvres flétries, et la replaça dans le livre mystérieux.

— « Cette fleur, me hasardai-je à lui dire, est sans doute le symbole de quelque doux amour enseveli ? Hélas ! nous avons tous dans le passé un jour de bonheur qui nous désenchante l’avenir.

— Vous êtes poète ? me répondit-il en souriant. »

Le fil de la conversation s’était noué : maintenant, sur quelle bobine allait-il s’envider ?

— « Poète, si c’est poète que d’avoir cherché l’art !

— Vous avez cherché l’art ! Et l’avez-vous trouvé ?