Page:Aloysius Bertrand - Gaspard de la nuit, édition 1920.djvu/18

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la pierre de mon tombeau, je m’élancerai par-delà tous les mondes jusqu’à la vierge adorée, pour m’asseoir enfin près d’elle sous les regards de Dieu !…

— Et l’art, lui demandai-je ?

— Ce qui dans l’art est sentiment était ma douloureuse conquête. J’avais aimé, j’avais prié. GottLiebe, Dieu et Amour ! — Mais ce qui dans l’art est idée leurrait encore ma curiosité. Je crus que je trouverais le complément de l’art dans la nature. J’étudiai donc la nature.

» Je sortais le matin de ma demeure et je n’y rentrais que le soir. Tantôt, accoudé sur le parapet d’un bastion en ruines, j’aimais, pendant de longues heures, à respirer le parfum sauvage et pénétrant du violier qui mouchète de ses bouquets d’or la robe de lierre de la féodale et caduque cité de Louis XI [1] ;

  1. Ce château, imposé à Dijon par la tyrannique défiance de Louis XI, lorsque après la mort de Charles-le-Téméraire il