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PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES

depuis l’époque romaine, où l’on employait un nom différent.

Ces détails appuient l’idée de M. Bianca d’une origine plus méridionale que la Sicile. D’après Pline, l’espèce était de Syrie, Ionie, Gnide et Rhode, mais il ne dit pas si dans ces localités elle était sauvage ou cultivée.

Selon le même auteur, le Caroubier n’existait pas en Égypte. On a cru cependant le reconnaître dans des monuments bien antérieurs à l’époque de Pline, et même des égyptologues lui ont attribué deux noms égyptiens, Kontrates ou Jiri[1]. Lepsius a donné la figure d’un légume qui paraît bien une caroube, et le botaniste Kotschy ayant rapporté une canne, sortie d’un cercueil, s’est assuré, par l’observation au microscope, qu’elle est de bois de Caroubier[2]. On ne connaît aucun nom hébreu de cette espèce, dont l’Ancien Testament ne parle pas. Le Nouveau en fait mention, avec le nom grec, dans la parabole de l’enfant prodigue. La tradition des chrétiens d’Orient porte que saint Jean se serait nourri de Caroubes dans le désert, et c’est de là que dans le moyen âge on a tiré des noms, comme Pain de Saint-Jean, et Johannis brodbaum, pour le Caroubier.

Évidemment, cet arbre a pris de l’importance au commencement de l’ère chrétienne, et ce sont les Arabes qui l’ont surtout propagé vers l’Occident. S’il avait existé antérieurement en Algérie, chez les Berbères, et en Espagne, on aurait conservé des noms antérieurs à l’arabe, et l’espèce aurait probablement été introduite aux Canaries par les Phéniciens.

Je résume l’ensemble des données comme suit :

Le Caroubier était spontané à l’orient de la mer Méditerranée, probablement sur la côte méridionale d’Anatolie et en Syrie, peut-être aussi dans la Cyrénaïque. Sa culture a commencé depuis les temps historiques. Les Grecs l’ont étendue dans leur pays et en Italie ; mais plus tard les Arabes s’en sont occupés davantage et l’ont propagée jusqu’au Maroc et en Espagne. Dans tous ces pays, l’espèce s’est naturalisée çà et là, sous une forme moins productive, qu’on est obligé de greffer pour avoir de meilleurs fruits.

Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé le Caroubier fossile dans les tufs et dépôts quaternaires de l’Europe méridionale. Il est seul de son espèce, dans le genre Ceratonia, qui est assez exceptionnel parmi les Légumineuses, surtout en Europe. Rien ne peut faire supposer qu’il ait existé dans les anciennes flores tertiaires ou quaternaires du sud-ouest de l’Europe.

Haricot commun. — Phaseolus vulgaris, Savi.

Lorsque j’ai voulu m’occuper, en 1855[3], de l’origine des Pha-

  1. Lexicon oxon., cité dans Pickering, Chronological hist. of plants, p. 141.
  2. Le dessin est reproduit dans Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, fig. 22. L’observation qu’il cite de Kotschy aurait besoin d’être confirmée par un anatomiste spécial.
  3. A. de Candolle. Géogr. bot. raisonnée, p. 961.