Page:Amable Floquet - Histoire du privilege de saint Romain vol 2, Le Grand, 1833.djvu/557

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


même endroit ; et, en 1790, Béhéric, le dernier prisonnier qui ait joui du privilége de saint Romain, fut vu, le jour de l’Ascension, avec sa femme, complice du meurtre qu’il avait commis, soulevant trois fois la châsse de Saint-Romain, en ce même lieu où tant d’infortunés, avant lui, avaient accompli la même cérémonie.

Ainsi, en vain Philippe-Auguste avait-il fait construire un immense château et de vastes prisons qui servirent pendant plusieurs siècles ; en vain les prisons du bailliage avaient-elles été établies tout auprès de ce château ; en vain, vers 1419 ou 1420, Henri V, roi de France et d’Angleterre, avait-il bâti un Palais-Royal et des prisons ; en vain, postérieurement à 1499, l’échiquier, bientôt parlement, eut-il sa conciergerie : il fallut bien, sans doute, que chaque année les chanoines allassent dans ces diverses prisons interroger lés criminels, et y chercher celui que le chapitre avait élu ; mais toujours, après l’élection et la délivrance, la procession solennelle, avec la châsse de Saint-Romain, se rendit à la Vieille-Tour, ou du moins à l’endroit qui en avait conservé le nom, encore bien qu’il n’y eût plus là ni prison, ni palais.

Le motif de cette préférence est évident. Ces lieux avaient été comme consacrés par la levée de la fierte, dès les premiers tems de l’existence du privilége ; et ils s’étaient, pour ainsi dire, identifiés à la cérémonie sainte qu’ils avaient vu célébrer tant de fois et si long-tems, aux acclamations du peuple de la ville et des campagnes.

Mais si, sous le règne de Philippe-Auguste, l’église de Rouen se montrait si attachée et si fidèle à ses anciens usages, faudra-t-il croire qu’elle le fût moins avant ce monarque, et avant les ducs Richard-Cœur-de-Lion et Henri II, sous le règne desquels nous avons vu que la cérémonie de la fierte se faisait à la tour ? Et si l’existence du privilége remontait à Dagobert ou à quelqu’un de ses successeurs les plus immédiats, la cérémonie, qui alors aurait dû, nécessairement, avoir lieu à la porte de quelque autre prison de Rouen, dans