Page:Amable Floquet - Histoire du privilege de saint Romain vol 2, Le Grand, 1833.djvu/579

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plaisans, les seize négocians insistaient sur la dépense considérable qu’entraînaient les fonctions de maître en charge. « Dans l’usage, ce fardeau, cette servitude annuelle n’avoient, jusqu’à présent, été imposés que sur ceux des citoyens de Rouen qui s’occupoient du commerce, soit en gros, soit en détail. Or, rien n’étoit plus préjudiciable et d’une plus funeste conséquence dans l’état du commerce, dont les commencemens surtout demandoient le plus d’économie et le moins de distraction, et se trouvoient, au contraire, presque toujours exposés, par un choix habituel, à ces charges subites et ruineuses... On ne vouloit pas rendre compte de toutes les chutes qu’elles avoient occasionnées ; une fausse ostentation d’aisance, une émulation encore plus vaine, des dépenses extraordinaires, le plus souvent faites à contre-temps, avoient ruiné même des pères de famille et réduit leurs enfans à l’opprobre et à la mendicité.

» On étoit revenu enfin de ce faux point d’honneur. Ce qui avoit été autrefois accepté volontairement, ce qui avoit même été sollicité avec instance et concours, ne trouvoit aujourd’hui que répugnance et refus… On ne craignoit rien tant que la corvée des confrairies. Les suppliants reconnoissoient l’embarras, le danger et même l’injustice d’imposer sur les autres la charge qu’ils avoient soufferte ; ils déféroient à l’autorité de la cour un usage abusif qu’il n’appartenoit qu’à elle seule d’anéantir et de réformer souverainement. C’étoit une espèce d’imposition sur le public, et en particulier sur un corps qui méritait toute la protection du roi et des magistrats. Le privilége étoit indépendant de la confrairie, et pouvoit exister sans elle.

» Les pauvres n’y perdroient rien ; car les suppliants étoient prêts à leur abandonner les deniers de la caisse de la confrairie et tous les biens meubles et immeubles qui lui appartenoient ; l’argenterie, les ornemens d’église, d’une valeur de 6,000 liv. au moins, et deux maisons de Rouen appartenant à la confrairie et louées environ 500 liv. par an. Ainsi, l’extinction de la confrairie produirait aux pauvres un plus grand bien que son