Page:Amable Floquet - Histoire du privilege de saint Romain vol 2, Le Grand, 1833.djvu/595

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sarcophage, étaient parfaitement en rapport avec la pieuse et sévère destination de ces objets. Bientôt néanmoins les orfèvres du moyen-âge, franchissant les limites du cercle étroit où leur talent végétait captif, donnèrent aux reliquaires la figure des ossemens mêmes qu’ils devaient receler : de là ces bustes, ces bras, ces mains, ces pieds en métaux précieux, enrichis de pierreries ; quoiqu’il soit vrai que souvent aussi des statuettes représentaient de pied-en-cap le saint du corps duquel elles ne renfermaient également qu’un seul débris.

Mais une occasion que devait saisir avec enthousiasme l’orfévre de ces hautes époques, c’était celle de se montrer à la fois constructeur, figuriste et ornemaniste habile ; alors une basilique d’or s’élevait sous son marteau, et des figurines, précieusement ciselées, se groupaient sur toutes les faces de la noble châsse, qui bientôt devait étinceler de l’éclat des émaux et des pierreries. Le trésor des rois s’ouvrait alors pour elle, et souvent, débris recouvré de la sphragistique grecque ou romaine l’onix, à l’effigie des Ptolémées ou des Césars s’enchâssait à côté de celles des apôtres ; parfois aussi quelque précieux camée, jadis échappé des murs saccagés de la reine du monde, venait, don d’une piété stupidement ignorante, exposer, au-dessus de l’image de la Vierge sans tache, une obscène saturnale. L’art du lapidaire n’était cependant pas tombé dans une telle désuétude qu’on fût réduit à n’employer à cet usage que des joyaux antiques, puisque dans le ixe siècle, selon Loup de Ferrières, on polissait et gravait les pierres précieuses, et qu’outre le témoignage de ce saint abbé, il est plus que probable que ces genres de talens n’avaient jamais été totalement négligés. Quant à l’orfévrerie, elle fut, comme tous les autres arts, longuement cultivée par les laborieux et paisibles habitans des cloîtres. Un très-ancien manuscrit de l’abbaye de Fleury vantait une table d’or ornée de pierreries, d’inscriptions, et fabriquée par deux chanoines de l’église de Sens, Bernelin et Bernuin. La fameuse abbaye de Saint-Gal comptait presqu’autant d’artistes que de religieux,