Page:Anatole France - Autels de la peur.djvu/50

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savait seulement que sa maîtresse avait été menée en fiacre à la Bourbe (c’était le nom populaire de Port-Libre), qu’on ne pouvait la voir, qu’ils permettaient seulement qu’on remît pour elle, au greffe, de l’argent et des effets. En partant elle avait dit : « Nanon, mon fils est seul au monde ; je vous le confie. Il est intelligent et bon ; vous le placerez dans une condition obscure, et il pourra être heureux. »

Ayant rapporté ces paroles, Nanon se cacha la tête dans son tablier et éclata en sanglots. Marcel promenant autour de lui des regards désolés, vit Émile qui jouait devant le bassin. Il le prit dans ses bras et l’embrassa en pleurant. Mais l’enfant, impatienté, se dégagea :

— Laisse-moi, Monsieur, dit-il. J’envoie deux frégates à la recherche de M. de Lapeyrouse.

Et il lança dans le bassin deux petits bateaux. Marcel, respectant la joie de l’orphelin, le laissa à ses jeux et, après avoir contemplé un moment la maison déserte, il se jeta dans la rue comme un insensé et ne s’arrêta que dans le quartier d’Enfer, devant une grande façade dont on avait bouché les fenêtres. C’était là, derrière ce mur aveugle et noir, qu’ils avaient traîné Fanny. Il restait immobile, les yeux fixes, les pieds attachés au sol. Observé avec inquiétude par le factionnaire, il s’arracha enfin de cette place, pour exécuter le dessein qu’il avait formé.

S’acheminant dans la campagne, à travers les ruelles bordées de jardins, il fit le tour de l’énorme prison et en examina tous les abords. Après quoi il entra dans