Page:Anatole France - Le Lys rouge.djvu/76

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des raisons de ce genre, il ne s’aperçut point que ce n’était guère naturel à Thérèse de les soulever. Embarrassé dans ce tissu léger d’obligations mondaines, il ne résista pas, resta muet, et malheureux.

De son bras gauche, élevé sur sa tête, elle souleva la portière, posa la main droite sur la clef de la porte ; et là, dans les grands pans de saphir et de rubis de la laine orientale, la tête tournée vers l’ami qu’elle quittait, elle lui dit, un peu moqueuse et presque tragique :

— Adieu, Robert ! Amusez-vous bien. Mes visites, mes courses, vos petits voyages, ce n’est rien. Il est vrai que la fatalité est faite de ces riens-là. Adieu !

Elle sortit. Il aurait voulu l’accompagner, mais il se faisait scrupule de se montrer avec elle dans la rue, quand elle ne l’y obligeait pas absolument.


Dehors, Thérèse se sentit tout à coup seule, seule au monde, sans joie et sans douleur. Elle rentra chez elle à pied, comme d’habitude. Il faisait nuit, l’air était glacé, clair et tranquille. Mais les avenues qu’elle suivait dans une ombre semée de lumières l’enveloppaient de cette tiédeur des villes, si douce aux citadins, et qu’ils sentent jusque dans le froid de l’hiver. Elle allait entre