Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/110

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m’a retiré de la vie abominable que je menais dans les spectacles et dans les compagnies. Cette maladie, qui me rompt les jambes et me trouble la cervelle, est une grande marque de la bonté de Dieu à mon égard. Mais ne m’accorderez-vous pas, monsieur, la faveur de m’accompagner au Roule où je vais porter des étrennes à ma nièce, mademoiselle de Doucine ? »

À ces mots, M. Spon leva les bras en l’air et poussa un grand cri :

« Quoi ! dit-il. Est-ce bien M. Chanterelle que j’entends ? N’est-ce pas plutôt un libertin ? Se peut-il, monsieur, que, menant une vie sainte et retirée, je vous voie tout à coup donner dans les vices du siècle ?

— Hélas ! je n’y croyais pas donner, répondit M. Chanterelle tout tremblant. Mais j’ai grand besoin de lumières. Y a-t-il donc un si grand mal à offrir une poupée à mademoiselle de Doucine ?

— Il y en a un très grand, répondit M. Spon. Et ce que vous offrez aujourd’hui à cette simple enfant doit moins s’appeler poupée qu’idole et figure diabolique. Ne savez-vous point que la