Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/129

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je rencontrai celui dont l’amour devait me causer des joies inexprimables, suivies de ce désespoir où vous me voyez plongée. »

À ces mots, Sophie cacha ses yeux dans son mouchoir.

Puis elle reprit en soupirant :

« Son état dans le monde était si fort au-dessus du mien, que je ne pouvais prétendre à lui appartenir qu’en secret. Je me flattais qu’il me serait fidèle. Il me disait qu’il m’aimait et il me persuadait sans peine. Ma tante connut nos sentiments et elle ne les contraria pas, parce que son amitié pour moi la rendait faible et que la qualité de mon cher amant lui imposait. Je vécus un an dans une félicité qui vient de finir en un moment. Ce matin, il est venu me demander chez ma tante où j’habite. J’étais hantée de noirs pressentiments. Je venais de briser, en me coiffant, un miroir dont il m’avait fait présent. Sa vue augmenta mon inquiétude par l’air de contrainte que je remarquai tout de suite sur son visage… Ah ! monsieur, est-il un sort pareil au mien ?… »