Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/130

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Ses yeux se gonflaient de larmes qu’elle renfonça sous ses paupières et elle put achever son récit, que mon bon maître jugeait aussi touchant, mais non point aussi singulier qu’elle le croyait elle-même.

« Il m’annonça froidement, mais non sans quelque embarras, que son père ayant acheté une compagnie, il partait pour l’armée, mais qu’auparavant sa famille exigeait qu’il se fiançât avec la fille d’un intendant des finances, dont l’alliance était utile à sa fortune et lui procurerait assez de biens pour tenir son rang et faire figure dans le monde. Et le traître, sans daigner voir ma pâleur, ajouta, de cette voix si douce, qui m’avait fait mille serments d’amour, que ses nouveaux engagements ne lui permettaient plus de me revoir, du moins de quelque temps. Il me dit encore qu’il me gardait de l’amitié, et qu’il me priait de recevoir une somme d’argent, en souvenir du temps que nous avions passé ensemble.

« Et il me tendit une bourse.

« Je ne mens point, messieurs, en vous disant que je n’avais jamais voulu écouter les