Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/181

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Sa conduite intéressée et prudente ne lui avait point fait de tort chez un peuple qui n’avait pas sur la patrie et les devoirs du citoyen les maximes des Grecs et des Latins ; qui, sauvage, inglorieux, étranger à toute vie publique, estimait la ruse, cédait à la force et s’émerveillait de la puissance royale comme d’une nouveauté magnifique. Encore la plupart de ces Gaulois, pauvres pêcheurs de la côte brumeuse, rudes chasseurs dé la forêt, avaient-ils une meilleure raison de ne point juger défavorablement la conduite et la fortune du chef Komm ; ne sachant pas même qu’ils étaient Atrébates, ni qu’il y eût des Atrébates, ils se souciaient peu du roi des Atrébates. Komm ne fut donc point impopulaire. Et si l’amitié des Romains le mit en péril, ce péril ne vint point de son peuple.

Or la quatrième année de la guerre, à la fin de l’été, César arma une flotte pour descendre chez les Bretons. Soucieux de se ménager des intelligences dans la grande île, il résolut d’envoyer Komm en ambassade chez les Celtes de la Tamise, afin de leur offrir l’amitié du