Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/194

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que des brins de chaume. Il distinguait les mouvements confus des légionnaires accourus en tumulte sur la plage. Leurs clameurs montaient à son oreille dans les bruits de la tempête. Alors il leva les yeux vers la lune divine, que vénèrent les Atrébates, habitants des rivages et des forêts profondes. Elle était là dans le ciel agité des Bretons et semblait un bouclier. Il le savait que c’était elle, la lune de cuivre, qui dans son plein avait produit cette grande marée et causé la tempête qui maintenant détruisait la flotte des Romains. Et sur la pâle falaise, dans la nuit auguste, devant la mer furieuse, Komm l’Atrébate eut la révélation d’une force secrète, mystérieuse, plus invincible que la force romaine.

En apprenant le désastre de la flotte, les Bretons reconnurent avec joie que César ne commandait ni à l’Océan ni à la lune, amie des plages désertes et des forêts profondes, et que les galères romaines n’étaient point des dragons invincibles, puisque le flot les avait fracassées et jetées, les flancs ouverts, sur le