Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/241

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FRA AMBROGIO.

Il n’est que trop vrai : vous fûtes l’allié de Manfred, l’ami du sultan de Luceria, de l’astrologue, du renégat, de l’excommunié.

FARINATA.

Alors nous buvions comme de l’eau l’excommunication pontificale. Je ne sais si Manfred avait appris à lire les destinées dans les étoiles, mais il est vrai qu’il faisait grand cas de ses cavaliers sarrasins. Il était aussi prudent que brave, sage prince, avare du sang de ses hommes et de l’or de ses coffres. Il répondit aux Siennois qu’il leur donnerait secours. Il fit la promesse grande pour inspirer une égale reconnaissance. Quant à l’effet, il le tint petit par cautèle et de peur de se démunir. Il envoya sa bannière avec cent cavaliers allemands. Les Siennois, déçus et dépités, parlaient de rejeter ce secours dérisoire. Je sus les rendre mieux avisés et leur enseignai l’art de faire passer un drap dans une bague. Un jour, ayant gorgé de viande et de vin les