Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/247

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


si le crime de Bocca est à ce point exécrable, ne vous repentez-vous point de l’avoir causé ? Et ne croyez-vous pas, messer Farinata, que vous-même, en attirant dans un piège l’armée des Florentins, vous avez offensé le Dieu juste, et fait ce qui n’était pas permis ?

FARINATA.

Tout est permis à celui qui agit par vigueur de pensée et force de cœur. En trompant mes ennemis je fus magnanime et non traître. Et si vous me faites un crime d’avoir employé au salut de mon parti l’homme qui renversa le gonfalon des siens, vous aurez grand tort, Fra Ambrogio ; car c’est la nature et non moi qui l’avait fait infâme, et c’est moi et non la nature qui tournai à bien son infamie.

FRA AMBROGIO.

Mais, puisque vous aimiez votre patrie même en la combattant, il vous fut douloureux sans doute de ne l’avoir vaincue qu’avec l’aide des Siennois, ses ennemis. De cela ne vous vint-il point quelque vergogne ?