Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/278

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esprits méditatifs, qui veulent ramener les transformations des corps aux lois générales de la physique.

Il pressentait que les réactions, dont le chimiste est l’instigateur et le témoin, se produisent dans des conditions exactement mécaniques, qu’on pourrait un jour soumettre aux rigueurs du calcul. Et, revenant sans cesse sur cette idée, il y soumettait les faits connus ou soupçonnés. Un soir, Bonaparte, qui n’aimait guère la spéculation pure, l’interrompit brusquement :

— Vos théories ! Des bulles de savon nées d’un souffle et qu’un souffle détruit. La chimie, Berthollet, n’est qu’un amusement quand elle ne s’applique pas aux besoins de la guerre ou de l’industrie. Il faut que le savant, dans ses recherches, se propose un objet déterminé, grand, utile ; comme Monge qui, pour fabriquer de la poudre, chercha le nitre dans les caves et dans les écuries.

Monge lui-même et Berthollet représentèrent au général avec fermeté qu’il importe de maîtriser les phénomènes et de les soumettre à des