Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/288

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lisme empreint d’espérances et d’illusions, ou son incroyable aptitude à dissimuler. Après avoir traité, avec Monge et Berthollet, divers sujets de physique, de mathématique et d’art militaire, il en vint à parler de certaines superstitions dont son esprit n’était peut-être pas entièrement affranchi :

— Vous niez le merveilleux, dit-il à Monge. Mais nous vivons, nous mourons au milieu du merveilleux. Vous avez rejeté avec mépris de votre mémoire, me disiez-vous un jour, les circonstances extraordinaires qui ont accompagné la mort du capitaine Aubelet. Peut-être la crédulité italienne vous les présentait-elle avec trop d’ornements. Ce serait votre excuse. Écoutez-moi. Voici la vérité nue. Le 9 septembre, à minuit, le capitaine Aubelet était au bivouac devant Mantoue. A la chaleur accablante du jour succédait une nuit rafraîchie par les brumes qui s’élevaient au-dessus de la plaine marécageuse. Aubelet, tâtant son manteau, le trouva mouillé. Comme il se sentait un léger frisson, il s’approcha d’un feu sur lequel les grenadiers avaient fait la soupe et