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LE SARRASIN.

saule. Le sarrasin ne courbait pas sa tête, lui, comme faisaient les autres espèces de blé ; il l’élevait au contraire aussi orgueilleusement et avec autant de roideur qu’il pouvait.

« Je suis aussi riche que le plus grand d’entre eux, disait-il, et en outre bien plus beau. Mes fleurs sont aussi jolies que celles du pommier rose, et c’est plaisir que de me regarder moi et mes compagnons ! Là, de bonne foi, vieux saule pleureur, connaissez-vous quelque chose de plus beau, de plus noble que nous deux, bref, quelque chose qui nous égale? »

Et la tige dépérissante du vieil arbre agita sa tête moussue comme pour dire : « Oh! oui certes, j’en connais ! » Alors le sarrasin secouant la tête d’un air de dédain, de s’écrier : « Arbre stupide ! Il est si vieux que l’herbe, la mousse et les ronces lui sortent du corps ! »

Pendant ce temps-là une violente tempête approchait. Toutes les fleurs des champs enroulaient leurs feuilles, ou inclinaient modestement leurs petites têtes délicates vers le sol, tandis que le vent sifflait et tourbillonnait au-dessus d’elles. Seul, le sarrasin persistait inso-