Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/113

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CHAPITRE PREMIER

LES PHILOSOPHES PRÉSOCRATIQUES



L’intérêt, du livre sur la Philosophie des Grecs à l’époque de la tragédie n’est pas surtout dans ce qu’il apporte de vues neuves ou osées sur l’histoire de l’esprit grec. Il se peut que Nietzsche n’ait pas compris les Grecs ; et quelques-uns le disent. Il n’a certainement pas exposé Schopenhauer avec exactitude. L’importance de son livre n’en est pas diminuée. De même que Schopenhauer a prétendu se reconnaître dans les Présocratiques, et n’a jamais eu d’estime que pour les philosophes en qui il se reconnaissait, ainsi Nietzsche se reconnaît à la fois dans les Présocratiques et dans Schopenhauer. Ce qu’il comprend d’eux est peu de chose auprès de ce qu’il y met. Quand il parle d’Heraclite et d’Empédocle, c’est Nietzsche qu’il faut entendre. Quand il parle de Schopenhauer, c’est encore Nietzsche. Il ne le sait pas toujours au moment où il écrit ; mais la force de sa pensée passionnée transforme tous les faits historiques, et elle subsiste seule.

Ce n’est pas la seule étrangeté de son historiographie. Elle ne s’intéresse pas au détail des doctrines ; et, hors de ce détail, que cherche-t-elle au juste ? Ce n’est pas la vérité. Un système pour Nietzsche n’est vrai complètement que pour son fondateur. Aucun autre philosophe ne peut le reconnaître pour véritable. Déjà Nietzsche, dans ces