Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/103

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Dionysos à Athènes est la fête des fleurs nouvelles, celle des Anthestéries [1]. Il y a eu plus d’un δρώμενον en Attique pour commémorer le changement des saisons et appeler sur les vicissitudes de la végétation la bienveillance magique des dieux. Aucun d’eux ne mérite plus d’attention que celui qui faisait le noyau de la fête des Apaturies [2]. On y voit aux prises deux guerriers, Xanthos et Melanthos. Pendant le duel, derrière Xanthos, son adversaire voit apparaître une forme humaine, vêtue d’une peau de chèvre noire. Xanthos, averti par Melanthos du secours qui lui est déloyalement apporté, se retourne ; et Melanthos l’étend raide mort. Comment ne pas reconnaître ici l’un de ces duels rituels, où un héros blond, Xanthos, symbole du printemps, est en lutte contre un héros noir, Melanthos, symbole de l’hiver ? Ce fantôme qui vient au secours du héros sombre n’est-il pas vêtu de l’ « égide » noire, insigne sacramentel de Dionysos ? Le dieu de la mort préside à la lutte entre les saisons, et il détermine le moment où le printemps blond doit succomber.

R. M. Dawkins, Ridgeway et Farnell ont recueilli en grand nombre les faits qui attestent la survivance de cérémonies analogues aujourd’hui encore en Thrace, en Albanie, en Macédoine, pays où le culte de Dionysos a ses origines. Deux mille ans de christianisme et d’Islam n’ont pu déraciner la coutume populaire [3]. À Vizya, en

  1. Aussi Albert Dieterich, dans son charmant mémoire, a-t-il voulu expliquer la tragédie par la fête des morts. Cela est impossible. Rien n’est sacramentellement fixe comme la date d’un culte. La tragédie se célèbre aux grandes Dionysies, tandis que la fête des morts remplit trois jours aux Anthestéries.
  2. Il a été signalé par Usener, Archiv fur Religionswiss., 1904, VII, 303, et commenté depuis par Nilsson, Farnell et Ridgeway.
  3. V. l’estampe dans Ridgeway (p. 21) représentant, d’après Dawkins, le carnaval de Vizya en Thrace.