Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/132

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abattu les dernières barrières entre les Grecs et les Barbares [1]. Comment ne se serait-il pas fait une vie de solitude persécutée ? C’est à l’humanité entière, la plus tardive, à celle qui ne fera plus la distinction des patries, que s’adresse la sagesse héraclitéenne. Lisons entre les lignes qu’elle aura son interprète dans Nietzsche, méconnu comme son maître présocratique et, comme lui, indifférent aux acclamations.

Mais pourquoi Empédocle n’a-t-il pas été écouté, lui qui sut concilier la pensée populaire et la pensée métaphysique ? La destinée du wagnérisme est contenue dans cette question. Empédocle représente presque seul la seconde pensée présocratique. Il a voulu réaliser l’unité grecque par l’unification des cultes, par la création des fêtes panhelléniques, par un art plus haut que l’art des cités. Chose rare, il eut le don d’agir sur les foules. Elles le suivaient, lui demandant des présages et des guérisons. On lui faisait l’accueil dû aux immortels : et il ne s’en étonnait point. Lui aussi est un réformateur moral. Il veut faire régner l’amour par l’austérité pythagoricienne après un partage égal des biens. Prophète ambulant, il répand cette prédication de feu dans les cités qu’il exhorte à se fédérer. Au moment décisif, Agrigente le repousse. Empédocle a emporté dans le cratère de l’Etna son secret et, avec lui, le salut de l’hellénisme.

Invinciblement on songe encore une fois à Wagner, lui aussi conducteur d’hommes puissant, qui a fondu ensemble, pour des fêtes pangermaniques, la mythologie Scandinave et la légende héroïque des Germains occidentaux, N’a-t-il pas été d’abord un prédicateur révolutionnaire et toujours un prédicateur de la pureté ? Il faut qu’on l’écoute. Mais il faut qu’il ne se trompe pas dans sa prédi-

  1. Ibid., § 8. (W., X, 43.)