Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/173

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les concepts moraux lui fournit un précieux appui moral. Il veut connaître le réel sensible, comme Héraclite, pour en douter ; et il veut le haïr, comme Socrate, parce qu’il trouble l’homme moral et le philosophe. Or il y a une pensée dont les sens ne fournissent pas la matière et qui n’est pas tirée par abstraction des données sensibles : ce sont les idées et d’abord les idées morales, essences immatérielles et, par là, propres à nous fortifier contre la séduction des sens. Les connaître, c’est s’assurer d’une force qui prévaut contre toutes les superstitions de la croyance, tous les entraînements des sens et tous les mirages de l’opinion vulgaire empoisonnée par les sophistes. Le rationalisme de Nietzsche soumettra de même à une critique sévère les conceptions de la morale traditionnelle.

3o Le litige irréductible entre Platon et Nietzsche n’est donc pas où Nietzsche l’avait cherché dans la confusion de son premier wagnérisme. Il ne tient pas au rationalisme de Platon, mais à son pythagorisme. Il fallait que Platon se représentât l’existence vraie des idées. Il se les figure sur le modèle des nombres de Pythagore, comme des idoles substantielles, des archétypes que les choses imitent. Elles vivent dans quelque région transmondaine, où nous avons aussi dû habiter, puisque nous en avons rapporté quelques notions très ternies ici-bas, mais que rien sur la terre ne nous pouvait fournir. Un art très pur, dont il y a des règles, la dialectique, réussit à les nettoyer de leur souillure terrestre. Aussitôt, elles brillent de leur primitif éclat. Avec évidence elles nous rappellent le séjour divin, d’où nous sommes tombés, disait Pythagore, en expiation de quelque crime commis dans une existence antérieure. Et l’âme, libérée un jour de sa geôle corporelle, retournera à cette région natale, que les idées révèlent aux philosophes. Grave déviation du rationalisme. Elle met l’art de découvrir les idées au service d’une morale qui se