Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/183

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nos sens, par notre conscience, par notre intelligence. Comment contrôler le témoignage de notre corps et de notre esprit ?

Notre perception de l’univers se décrit tout entière à l’aide de mots. Les sciences elles-mêmes sont encore un langage. Quelle vérité peuvent contenir ces signes ? Ils fixent et rappellent des groupes d’images. L’image elle-même résulte d’un choc nerveux. Entre l’image et le mot, quel rapport ? Parmi les qualités de l’objet évoqué, combien en retient-il ? De toutes les qualités du reptile, celle de ramper est la seule que retienne le mot « serpent ». À combien d’autres animaux ce mot conviendrait-il [1] ? Entre l’image et le choc nerveux d’où elle résulte, quel rapport encore ? Comment un son traduirait-il les qualités perçues par d’autres sens ? Comment atteindre ainsi à la vérité des choses ? Désigner une perception par un mot est une métonymie. Juger, par des perceptions, d’un ébranlement nerveux qui se passe au fond de nous, est une métaphore et préjuger de la cause de cet ébranlement serait un sophisme. Les mots sont donc des symboles, pour désigner les relations que soutiennent avec l’homme des choses inconnues ; et ces relations, les mots n’en précisent pas la nature.

2. Les données immédiates de la pensée. — La donnée immédiate de la pensée qui s’exprime par des mots est la sensation. À vrai dire, la sensation cache une foule de processus, dont elle est pour nous l’indice sans nous les faire connaître. Dès 1866, quand Nietzsche connut le livre de Friedrich-Albert Lange sur l’Histoire du Matérialisme, ce résultat pour lui était fixé : 1o le monde des sens est le produit de notre organisme ; — 2o nos organes visibles ne sont, comme toutes les autres parties du monde

  1. Ibid. (W., X, 193.)