Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/188

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plus se trouve justifié. Cette reviviscence des images s’appelle, dans la vieille psychologie, l’imagination. Mais elle n’est pas seulement un réveil des images. Elle est une sélection qui tend à compléter les images dans le sens prescrit par l’énergie intérieure qui nous anime. Si nous sommes faibles, ce sont les images douloureuses qui l’emporteront. La prédominance des images joyeuses, la tendance à parachever intérieurement de lumineuses constructions ébauchées par une expérience agréable, est signe au contraire de vigueur. Les vibrations délicates par lesquelles le système nerveux fait émerger à nouveau les images abolies, et les choisit, trahit notre vitalité décroissante ou luxuriante.

Il y a un état dans lequel la vie des images est tout à fait affranchie des entraves de l’expérience et de la réflexion : c’est le rêve. C’est dans le rêve qu’on observe le mieux cette sélection opérée entre les images par notre émotivité, déprimée par sa faiblesse ou stimulée par son besoin de bonheur [1]. Or le rêve produit absolument l’impression de la veille. Pascal a raison de dire qu’un rêve qui nous reviendrait toutes les nuits nous occuperait comme les choses que nous voyons tous les jours. Mais Nietzsche ajoute que de certains esprits et parfois des peuples entiers, même à l’état de veille, laissent ainsi revivre librement les images intérieures. Les artistes sont de tels esprits, et le rêve est pour le vulgaire un commencement d’état d.’âme artiste. Il y a des peuples qui savent vivre dans un rêve éveillé. Ils vivent dans un état d’esprit mythologique ou artiste. Pour ces peuples, les arbres recèlent des nymphes, ou bien, comme les Athéniens, ils verront la déesse Athéné paraître vivante aux

  1. Fragm. d’Ursprung und Ziel der Tragödie, 1871, § 128. (W., 188) ; — Theoret. Studien, §§ 65, 95. (W., X, 136, 150.)