Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/189

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


côtés de Pisistrate, sur les marchés d’Athènes : Car les Grecs ont été un tel peuple [1].

La plupart des hommes cependant n’ont pas des âmes artistes et ne vivent pas dans un rêve éveillé. Pour l’ordinaire nous vivons d’une vie réfléchie, raisonnante et agissante. La vie réfléchie et active est celle qui distingue le monde extérieur du monde intérieur de l’esprit. Elle s’aperçoit qu’il y a des images qui surgissent librement à l’état de réminiscences, sans autre lien que le besoin de sentiment qui les a fait naître ; et d’autres images qui se présentent par groupes cohérents et qui s’imposent à nous désagréablement par la douleur, si nous ne nous garons d’elles. Ces groupes cohérents d’images fortes s’appellent le monde extérieur. Les autres composent le monde de la conscience. La représentation réfléchie consiste à faire la distinction des premières et des secondes. C’est un travail où il faut que la volonté nous aide. Cette volonté ne nous est pas elle-même connue. Elle se traduit pour nous par un équilibre délicat de joies et de douleurs. Mais ces émotions nous disent la tendance obscure du vouloir, ses satisfactions et son mécontentement. Elles nous révèlent si notre organisme, forme visible de ces tendances en elles-mêmes inconnaissables, est bien ou mal adapté à son milieu.

Pour que cette adaptation se fasse dans les conditions les moins ruineuses pour notre vie, il est nécessaire que nous puissions nous orienter avec sûreté parmi ces impressions brutales ou salutaires qui constituent ce que nous appelons le monde extérieur. C’est à quoi nous sert la découverte instinctive que nous avons faite en créant les mots. Les mots servent à classer les impressions analogues. Voilà où notre mémoire toujours en éveil est

  1. Ueber Wahrheit und Lüge, § 2. (W., X, 204.)