Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/192

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4. Conscience et science. — On s’imagine quelquefois que la conscience claire observe en nous une plus profonde réalité spirituelle. La vérité est que cette clarté y est apportée par nous du dehors, et c’est celle de l’abstraction. C’est la clarté condensée de diverses métaphores. Déjà l’abstraction, aidée du langage, nous a fait opposer nettement le monde extérieur, désormais rigide, à la réalité mouvante du monde intérieur. Mais le monde intérieur lui-même apparaît désormais dans une autre lumière. De ce fond mouvant ne se détachaient jusque-là que des efforts indistincts, accompagnés de douleurs et de joies. Maintenant ces efforts sont aperçus par leur côté représentable, puisqu’ils sont des mouvements du corps. Les émotions de peine ou de joie précèdent ou accompagnent des gestes dont le point de départ et la fin sont perceptibles. Nous faisons alors la distinction du vouloir et de l’acte.

Elle n’était pas possible sans la perception extérieure, et notre vouloir n’apparaît dans le plein jour de la conscience que s’il se projette dans la durée et dans l’espace, où il prend la forme visible des objets distinctement perceptibles au dehors [1]. Il est très vrai, selon Nietzsche, que la plus simple sensation atteste un effort de volonté. Il est vrai encore que la connaissance tout entière est une œuvre de volonté, puisque ce sont des raisons pratiques qui fout le triage des images dans la mémoire, dans la perception et dans la pensée abstraite. Mais à son tour le vouloir, s’il veut entrer dans la conscience, devra revêtir la forme où sont encloses toutes les perceptions, la forme de mouvements qui remplissent l’espace et le temps.

Alors il se produit un concept dont l’origine est capitale,

  1. Die Tragödie und die Freigeister, §§ 62, 63 ; — Musik und Tragödie, § 1. (W., IX, 105-107 ; 214-218.)