Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/199

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II. — L’illusion de la morale.


Le besoin de la. vérité est iié, pour Nietzsche, d’un besoin social. À l’origine la collectivité a imposé comme un devoir aux individus le souci d’être véridiques. Elle leur impose aujourd’hui encore le devoir de l’aider à trouver des vérités, c’est-à-dire des possibilités de vie heureuse ; et, par son estime de la trouvaille profitable, elle hâte la sélection de ceux qui se dévouent à la recherche et qui en tirent gloire, au point que parfois ils entrent en conflit avec la collectivité elle-même.

Mais il se produit des circonstances où la société, au contraire, demande à tous ses membres de l’aider à persister dans l’illusion ancienne et dans la pratique accoutumée. À propos d’un cas précis, le devoir de dire vrai, la question se pose du respect que mérite la coutume morale et de ce que vaut le devoir social en général. Ce que la connaissance a inventé de plus raisonnable pour nous aider à vivre, c’est une hypothèse qui rapproche de nous la réalité extérieure, au point que finalement nous la considérons conmie spirituelle. Le inonde, pout être intelligible, doit être conçu comme un agrégat de centres émotifs, c’est-à-dire ressembler en quelque manière à l’humanité. Mais peut-être la nécessité de régler notre conduite parmi les hommes nous oblige-t-elle à approfondir encore ce résultat, obtenu par la seule analyse des conditions du savoir.

I. Origine du devoir. — Il y a en présence, dans l’humanité, des vouloirs dont chacun cherche sa propre joie, autant dire des égoïsmes. Entre eux, c’est naturellement la guerre. Ils ne pactisent que par nécessité. Il se fonde alors au-dessus d’eux, par le sang, par la conquête et le dol, cette institution oppressive, mais tutélaire aussi, qui s’appelle l’État. Son origine est barbare sans nul