Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/217

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


des attitudes ; ils traduisent en symboles tout ce que le sentiment a de plus distinct dans la conscience et ils se satisfont de ce que ce symbole soit compris. L’art dramatique, au contraire, atteint déjà à plus de profondeur. L’acteur n’imite pas des gestes, comme le sculpteur ou le peintre ; il gesticule en personne. Il ne reproduit pas des symboles : il est symbole vivant lui-même. Nous demandons alors à pénétrer jusqu’à la réalité spirituelle qu’il symbolise.

Comment y parvenir, puisque nous ne nous connaissons pas ? Notre pensée claire ne projette pas sa clarté jusqu’à la plus intime profondeur de nous. Ce qui exprime le mieux notre existence intime, c’est le cri. Pourtant le rythme du cri répété décèle qu’il est gesticulation, lui aussi à quelque degré. Et aussi bien, les expressions qui rendent les nuances de la douleur, sa force « poignante » et ses « tressaillements », ses « frémissements » comme aussi les « sursauts » de la joie, sont des images de gestes. Il suffit de le constater pour deviner que l’intimité la plus profonde de l’àme n’est pas encore révélée par le cri. Et surtout ces notations que nous avons faites de nos expériences, en désignant par des mots articulés le résumé des expériences, n’atteignent pas au tréfonds de nous. Les svmboles dont use notre mémoire servent à classer les impressions confuses et trop multiples ; et un tel classement assure la clarté de la pensée. Mais, si cette clarté est une facilité donnée à la démarche intérieure de la réflexion, elle ne porte aucune lumière dans les profondeurs. En enchaînant des symboles, en formant des phrases, on ne pénètre pas au delà des impressions fugitives que ces symboles désignent. Dans l’émission de la voix, dans la cadence de la parole parlée, il peut y avoir plus ou moins de force. Le rythme et le timbre de