Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/23

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en musique son éloquence », Ce ne sont plus alors les héros de Wagner, Tristan ou le plus sage des dieux, Wotan qui lui apporteront leur message : un inconnu oriental, un prophète nouveau qui naîtra de sa chair, Zarathoustra, lui montrera du doigt toute l’échelle à gravir jusqu’à ce que l’homme ait atteint sa figure éternelle. Et derechef, le travail critique et généalogique reprendra pour scruter les idéals morts, les croyances mortes.


Après l’échec de la partie affirmative de ma tâche, ce fut le tour de la partie négative, destructrice en paroles et en actes : ce fut la transvaluation des valeurs du passé, la grande guerre — l’évocation d’une journée décisive et finale [1].


Ainsi, tous les écrits qui suivent, Jenseits von Gut und Böse y compris, sont de purs commentaires, des appendices critiques du Zarathustra.

Combien donc de systèmes ? Il faut dire sans hésiter : deux ou quatre. Il y a deux grandes intuitions sentimentales, suivies chacune d’un exposé analytique et déductif qui s’y joint, mais aussi, par la méthode, s’en sépare. Comment alors en a-t-on trouvé trois ? C’est que peut-être l’un des systèmes, le premier, a deux phases, et que, de l’une à l’autre, l’éclairage sentimental a changé. Deux grandes inspirations, comme de grandes fusées éclairantes, illuminent le ciel de Nietzsche ; et tandis que lentement elles retombent, Nietzsche fouille du regard le terrain, pour décrire ce qui le peuple et y bouge. Mats peut-être la première fois la recherche est-elle plus longue (1869-1881), et dans la lumière d’abord rougeoyante et confuse se profilent des

  1. Ecce Homo, chap. Jenseits von Gut und Böse, § 1. (W., XV, 102.)