Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/241

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CHAPITRE PREMIER

LA LEÇON DE LA CIVILISATION GRECQUE



À ce premier moment de sa philosophie, où Nietzsche cherche sa méthode, il n’étudie pas encore l’évolution générale de l’humanité, mais l’évolution courte de quelques peuples, comme il ferait de la carrière biologique de quelques espèces rares. Il prépare l’évolutionnisme intellectualiste, qui sera sa seconde philosophie et qui se préoccupera des faits généraux de l’histoire humaine, simplement pour les comprendre et parce qu’il n’y a pas de meilleur outil au service de l’action qu’une intelligence informée.

Le plein profit de l’enseignement que Nietzsche a reçu de Burckhardt ne se découvre qu’à mesure. Burckhardt a poussé Nietzsche plus profondément dans le rationalisme. L’une des raisons qui ont retardé le Livre des Grecs où Nietzsche songeait à déposer sa première profession de foi, c’est qu’il sentait l’antagonisme s’accuser entre sa croyance wagnérienne et sa notion plus exacte de l’hellénisme. Les Hellènes lui fournissaient une application sociale de la philosophie de la vie affirmée par Schopenhauer, mais aussi des lois biologiques découvertes par Darwin et par les néo-lamarckiens. L’histoire des Grecs paraît à Nietzsche prouver la vérité psychologique du schopenhauérisme ; mais elle en contredit le système des valeurs. Elle montre comment l’intelligence sort par