Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/264

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Entendons que les instincts élémentaires s’alimentent seuls et foisonnent. L’État redevient le faisceau noueux de racines, de lianes, de tentacules qui puisent avidement dans le sol pour une solide, mais stérile végétation. Or, c’est elle qui menace de submerger l’Europe par le triomphe de l’Allemagne.

Ainsi se trouve posé le problème des qualités que l’État peut utiliser dans les hommes. Faut-il chercher le rendement en quantité, fortifier les faibles, affaiblir les forts ; et obtenir ces vastes moissons moyennes qui ne sont riches qu’à force d’uniformité ? Vaut-il mieux intensifier de certaines cultures rares et fines ? Athènes a procédé de la sorte. Mais la rivalité folle des talents, si elle a donné à la vie athénienne cette variété intelligente et cette passion qui en feront pour toujours le modèle de la culture supérieure de l’esprit, a usé précocement les forces de la République.

Ou bien l’État ne tirera-t-il parti que d’énergies utiles à consolider sa puissance matérielle ? Il serait dupe alors de l’illusion de la durée. La résistance matérielle est destinée à crouler tôt ou tard : ce n’est pas elle qui fonde les existences dans l’éternité. Sparte, la Macédoine, et Rome n’ont estimé dans les hommes que les vertus guerrières. Elles ont formé ainsi des individus fragmentaires vigoureux ; et ces fragments qu’elles choisissaient dans les individus, étant toujours semblables, se rejoignaient aisément dans un étatisme simple et de structure militaire [1]. Par là, Sparte et la Macédoine l’ont emporté ; et par là Rome fut millénaire. Quel choix faire ? Nietzsche ne trouve qu’une réponse : Athènes seule est immortelle.

Mais nous, qu’avons-nous choisi ? L’État moderne se propose de durer. Il se fait donc romain et Spartiate de

  1. Die Philosophie in Bedrängniss, posth., § 77. (W., X, 308, 309.)