Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/315

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adaptation de l’ensemble. Les Universités ne seront plus que des écoles spéciales, où s’apprendront des techniques. Mais les maîtres de toutes les écoles spéciales auront reçu l’initiation à la culture vraie. Ils se seront élevés à elle, et de là redescendront à la spécialité qu’ils enseignent, pour la vivifier par l’étincelle du génie.

2. La nouvelle Académie. — Alors Nietzsche reprend le plan qui lui était le glus cher, et qu’il avait tant discuté avec Rohde. La difficulté et la première tâche est de former les guides de la pensée nouvelle. Un petit nombre d’hommes dans chaque ville peut se dire prêt à la haute culture. Après l’initiation classique, ils entreraient dans une Académie platonicienne, comme celle que Nietzsche avait rêvée de fonder dans quelque vieux couvent [1]. Il ne suffirait plus ici de dégrossir des étudiants buveurs de bière, ni même des jouvenceaux idéalistes. Des hommes très mûrs vivraient pendant des années dans une étroite fraternité de travail. Ils se surveilleraient strictement, échangeraient de mutuelles critiques, mais se réconforteraient aussi par le dévouement à une cause qu’ils savent sacrée [2].

À quoi s’occuperont-ils ? Là-dessus Nietzsche demeure vague. Ils seront des « Destructeurs » [3]. Ils feront la guerre à la fausse culture. Ils seront les premiers apôtres de quelque grand maître de l’art et de la philosophie. Les Intempestives de Nietzsche ou l’essai de Franz Overbeck sur la Qualité chrétienne de la Théologie actuelle donnent une idée de leurs travaux. Leur incorruptibilité critique serait servie par une science étendue et par un grand enthousiasme.

  1. V. La Jeunesse de Nietzsche, p. 39S.
  2. Zukunft unserer Bildungsanstalten, posth. (W., IX, 392, 395, 437.)
  3. Der Philologe der Zukunft, § 293. (W., X, 420.)