Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/318

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de tous nos actes, c’est-à-dire d’un caractère. Il faut libérer cette énergie. Intemporellement, elle se donne un corps, même physique, et déroule ensuite dans le temps les manifestations de sa qualité éternelle. Toute vie est ainsi adaptation parce qu’elle est création artiste [1].

L’éducation, en projetant sur les hommes des illusions salutaires, stimule cette énergie intérieure. Elle consiste à ennoblir l’effort où l’homme se consume. Pascal avait déjà dit que la recherche de la félicité est pareille en tous, mais que nous concevons diversement notre félicité. L’ennoblissement peut venir à tous d’une fascination projetée sur eux par une grande personnalité. Cette éducation ne peut être imposée. La révélation se fait par une voie de douceur, comme dans le christianisme pascalien. Selon nos affinités et nos forces, nous tâcherons de découvrir dans le présent et dans le passé, les maîtres que nous aimerons à imiter. Nous entrerons par une discipline volontaire dans leur rayonnement. Nous vivrons « comme parmi des constellations » [2]. Nous aurons le sentiment de participer à la continuité des plus nobles moments de l’histoire et de la pensée. Notre imitation sera toujours originale [3]. Nous n’apprendrons des grands hommes que le secret par où nous arriverons à cette propre maturité. Les modèles successifs et de plus en plus élevés que nous nous proposerons pour les vénérer, nous enseigneront seulement la loi de notre individualité, apte à gravir une échelle infinie de perfections [4].

  1. Geburt der Tragödie, posth. § 155. (W., IX, 208) : - Leben ist jenes unablässige Erzeugen dieser doppelten Vorstellungen - [d. h. Leib und Seele.]
  2. Zukunft unserer Bildungsanst. — Skizzen, § 10. (W., IX. 435.)
  3. Nutzen und Nachteil der Historie, § 6. (W., I, 338.)
  4. Schopenhauer als Erzieher, § 1. (W., I, 391.)