Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/339

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l’enclos étroit du génie national..., qu’il est hypergermanique » [1]. En effet, dans un vieux projet d’article : « Was ist deutsch ? » Wagner n’avait-il pas défini l’esprit allemand comme une « faculté de revivre et d’approfondir par l’esprit toutes les croyances, les coutumes, les formes d’art des autres peuples et d’en dégager la pure humanité » [2] ? S’il y a infiniment d’inexactitude dans ces réflexions de l’éternel dilettante, elles prouvent du moins que la vieille pensée cosmopolite de Herder et de Gœthe n’était pas éteinte en lui. On pouvait assigner pour tâche au prochain avenir de dégager la culture littéraire commune à tous les peuples de l’Europe. C’était encore aller à la rencontre de cet idéal gœthéen que de croire le peuple allemand prédestiné, par un privilège de son génie, à le réaliser. Nietzsche a-t-il connu ces pages que Wagner n’a publiées qu’en 1878 ? Il en a sans doute connu la pensée. Mais ce qu’il affirme dans cet éloge, qui se tourne en reproche caché, c’est que cette pensée n’est pas reconnaissable dans la teutomanie récente de Richard Wagner. C’est pourquoi l’oratorio fougueux de son panégyrique se terminera par des phrases dissonantes.

Nietzsche trouve bien choisi le surnom de Zukunftsmusik, que la moquerie bourgeoise réserve à l’œuvre wagnérienne. Elle n’aura tout son sens que pour des temps qui ne sont pas encore :


Wagner découvre dans les hommes d’aujourd’hui des qualités qui ne font pas partie du caradère et de l’ossature immuable de l’humanité, mais qui sont changeantes, voire caduques [3].

  1. Ibid., I, 583.
  2. R. Wagner, Gesammelte Schriften, t. X, pp. 41, 45.
  3. R. Wagner in Bayreuth, fin. (W, I, 589.)